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lundi 11 octobre 2010

Fleuve - Dix haikus nés de l'eau

- I -

Fin d'après-midi
Les rivages se sont effacés
À force d'écume et de ressacs

- II -

Une brume blanche compose l'horizon
Lame entre mer et ciel
Ciel et mer

- III -

Pays de cendres bleues
Les contrastes s'évanouissent
Sous chacune de tes ondées

- IV -

Flaque sur le quai
Tu contemples le fleuve
Trêve dans l'infini

- V -

Les rochers sur la grève
Égrainent leur solitude
Au gré des marées

- VI -

Le balcon penche
Comme le bord d'un navire
Sur une mer lente

- VII -

La rive et la fleuve
Se dessinent l'un l'autre
Comme deux amants rieurs

- VIII -

Les arbres se bercent sous le vent
Curieux des algues
Que l'eau remue

- IX -

Les vagues s'effacent sagement
Alors que je les trace à coups de crayon
Deux haïkus se regardent

- X -

Comme mille reflets
De l'ombre et de la lumière du ciel
Les vagues du fleuve


mercredi 13 janvier 2010

La goutte d'eau qui tombe est-elle tension ou résolution ?

lundi 7 décembre 2009

Un germe sort de terre

Le ciel en retrait

Les fleurs ne fanent jamais

Dehors première neige

En dedans la poussière

Souligne ce qui reste

Avec un titre à trouver plus tard

(Hier)


«Viens et ne la lâche pas surtout

La ficelle

Je sais

Ça carillonne

C’est drôle»


(Le tableau)


Un flot de ballons

Des enclumes qui traînent par terre

Des bidules de toutes sortes

Des tonnes de cordes

Qui font qu’on tombe et qu’on s’amuse


(Je pensais)


Les amoureux sont des voyageurs nomades

Déplaceurs de solitude qu’ils portent à leur dos

Pour recréer ici et là une alcôve paisible


Leur bagage est sans poids un peu lourd des fois

Leur décor est une remise où tout peut à leur gré s’effriter

(un désert si on veut)


Ils tiennent le temps par une ficelle

Comme un enfant tient son jouet mécanique.

lundi 30 novembre 2009

Entre ciel et terre


L’hiver n’est pas encore arrivé que je traque dans le sol

Chacun de mes pas

Comme on cherche à mettre un pronom devant tous nos mots

La neige n’a pas une fois tombée et je recrée sa tempête

À vouloir me poser partout


Je le pense

Le temps est un majeur problème


J’ai lu qu’il était un cycle

C ‘est aussi pourquoi je m’essaie à entendre

Des airs de folklore qui flotteraient comme une brume

Qui soulèveraient les feuilles au sol


Je sais qu’au vent des quatre directions

On sent le temps tel quel

Que les saisons sont un retour à la maison


Seulement ma chambre une montagne cathédrale

Ou une forêt monastère

Ne sait pas durer dans les dehors trop humains

Et les dehors que je dessine, que j’imagine

Dans la beauté de l’impressionnisme

Et son détail difficile

Connaissent la dureté des villes

Leurs arrêtes qui découpent la nature

Alors que je la veux Un.

vendredi 6 novembre 2009

Mouvement pour la saison -II-


Photo: Sophie Corbeil

Branches de mercure

Dans l'apanage du froid

Vouz tâtez le temps

Comme le coeur des gens lorsqu'il se contracte

Sur le pas de la porte

Aux poignants sous-zéro

Aux mois de février


L'hiver est un bleu sur le corps de bien des gens

Je reviens sur chaleur qu'il y a dans le noroît

Simplement

Ces branches sur ce décor

Comme une fenêtre

Et son carrelage qui range les choses


Je me promets de sortir de la maison

Quand il fera froid.



Mouvement pour la saison

Photo : Sophie Corbeil

L'automne est une gare

Où chaque arbre est un quai

Les destinations poussent l'une sur l'autre

Les branches qui portent ses vent plient

Et laissent un peu à la terre

Des pas qui s'estompent et de feuilles écrites



Comme l'automne est la saison de toutes les arrivées

De tous les départs

Mais surtout une somme de deux

Je te le demande, marchons pour voir ce qui suit



Les mouvements se fondent

En un train d'indigènes

Plumes au vent

Plumes au sol

Qui courent

Sur le pont des secondes

Et qui jouent de leurs ombres

Sur les troncs

Qui les reçoivent comme des marques

Des cicatrices qui passent sans rester



Le flou des choses est beau

À nous fondre dans toutes ses couleurs

Je vois une fois de plus

Les nomades comme le peuple arrêté et serein

Comme la ligne dans toutes les lignées



Les destinations sont un voile entre toi et moi

Et c'est pourquoi, si tu le permets

Je t'emmène qu quai des nomades.

mercredi 7 octobre 2009

Iciterre, oultreterre

je me fâche de ne pouvoir savoir s'il y a ici lande
je ne sais pas les peuples qui m'habitent
si oultres l'un à l'autre
et qui superposent leur rive

la berge est aussi belle comme cargo
érodée
tant de fois cognée par des coques d'oultremer
par des gens d'iciterre qui l'ont tant de fois sillonnée retournée

berge en mouvance sous le quotidien d'une nation
côte nomade en marche dans son fleuve
es tu une lande ?

les pêcheurs pour qui tu es tant de lignes avancent-ils l'océan dans ta terre
jettent-ils du sel sur tes côtes chaque fois qu'ils y sortent le poisson

les enfants qui jouent sur ton flanc mêlent-ils leurs larmes à ton eau
lorsqu'ils éraflent leur genous un jour de fin de semaine sur tes roches

le rêveur pour qui tu es un hamac fait-il drave de tes arbres en ton berceay
amène t'il à ton limon des bouts d'écorce sienne

et le vieux bonhomme dans son village pleure t'il le marsouin qui remonte
à ta surface pris dans ses piquets
pleure t'il la côte qui est sa terre depuis moult grand temps

iciterre oultreterre
je me fâche de ne pas savoir quel nom de te donner
comment dans ma langue je puis te nommer
je veux savoir quand je te vois si tes côtes sont une lande

l'océan ne commence pas qu'au bout des terres le sais-tu
il commence avec les marées avec le sel qu'on y met

côte d'iciterre

es-tu une lande ?

Vent de quelques noeuds

Bien cantonnés
sommes bien cantonnés maintenant
et la fiert ne tombe pas du ciel pour autant

y a longtemps que le peuple ne s'est pas dressé
en érables
en sapins
en peuplier
une forêt c'est ce qui l'habite

à qui la forêt peut bien être
des peaux rouges dans quelques cantons boisés
ne la possèdent pas eux non plus

et le fleuve qui peut bien l'habiter
y a longtemps qu'on ne s'y est pas trempé l'orteil
ses courants chauds ses courants froids
n'existent plus sur carte

le vent qui balaie le Saint-Laurent
a une force que je ne lsais plus connaître

mercredi 23 septembre 2009

Dimanches

En hommage à Georges Moustaki,

ce pacha céleste.



S’il est une belle et simple chose

c’est celle du dimanche matin

je me le répète chaque dimanche que je puisse sacrer comme un dimanche


Oui s’il est une belle et simple chose

ce sont les minutes qui viennent se poser sur la table

près du journal soulignant la poussière en suspension

dans le réveil qui s’allonge elles sont une mise en abîme


mes dimanches ne sont certes pas ceux d’antan

en fait ma prière est aujourd’hui dans le disque et les cafés que je me sers

une pause comme un rayon qui se glissent dans la cuisine


ma prière est celle du droit à la paresse

celle qui fait des sept jours un dimanche.

lundi 21 septembre 2009

Six haïkus du quotidien

Un percolateur

Le rond de poêle qui chauffe

Le matin est jaune


À Trois-Pistoles

Le rivage cède, efface

Brouillard lumineux


Foyer en tisons

Emmitouflés dans l’hiver

L’horloge se tait


Des bancs de neige

Des pelles sur la galerie

Le souper est prêt


Dialogue enneigé

Entre la couette et dehors

Doux accostages (casaniers)


À brule-pourpoint

Les flocons qui tombent de haut

Vois-tu rien n’est tant

mardi 15 septembre 2009

île-océan

Cette femme qui fait un théâtre avec des bouteilles de rhum

Cet homme qui énumère des listes impossibles, seul, et avec des sacs à la main

Cet autre sur un banc de parc accoudé avec ses fantômes, les cernes en ancres de bateaux


Leur folie, c’est une île qu’on renverse dans l’océan.


Et s’ils font naufrage sur les briques avec leur air bleui et gris

C’est qu’on les a bleuis et grisonnés.


Leur air délavé est celui d’un peuple, d’un continent qu’on reverse en océan

Parce qu’on ne sait pas tracer entre la terre et l’eau une ligne qui nous veille en asile

Et que les deux pieds dans le limon on prend la vague en pleine face.

lundi 14 septembre 2009

Pour une musique que l'on saisit avec les yeux

J’ai vu le bleu descendre en gouttes sur la corde de la, s’oxyder

Et encore tous ces accords qui aggripaient les cables en leur

infusant du jaune, du vert, du orange et encore du jaune

Et sur le clavier plein de taches quand il s’est levé


J’ai vu mes haut-parleurs se liquéfier à l’écoute d’une musique

impressionniste

Non, ne me parlez pas en petites boîtes faites d’une mémoire non-opérante

Laissez les couleurs à leurs formes primitives, rondes ou carrées


(Les notes sont une fréquence qu’on calcule bien lorsqu’on y tente plus qu’un organe)


Aussi,

je rêve de concerts où il n’y a personne sur la scène et où

pourtant

on se frotte les yeux


Je le crois,

Les iris incandescent sont à ceux d’aujourd’hui qui sauront vivre

dans une phénoménolgie absolue.


La couleur est le clavier, les yeux sont les marteaux et

l’âme est le piano avec les cordes.

Wassily Kandisky

Ce matin

Ce matin, j'irai hors de tous ces lieux qu'on n'habite pas
les quitterai pour d'autres ou on s'essaie
au confort des contingences

une forêt
un musée
une femme
et d'autres lieux encore

La liste est dressée, je sais ce que j'ai à faire.

dimanche 19 juillet 2009

Poésie manifeste

Il nous faut une poésie manifeste
Qui a tout d'une politique de révolution
dans sa charge dissolue
Elle sera en fragments
Dans la périphérie et ses derniers
degrés accessibles
Et droit devant
Lorsqu'elle sera vue et non regardée

Il nous faut remettre au regard
les aurores multiples d'une musique
(minimaliste, par exemple)
dont on n'interroge pas l'habitacle
Garder dans le regard la nature naturante
des trafics du son.

mouvements de fête

la table est d'abord
un ressac
puis bouteilles et mégots balayés
un entre-lac
on accoste alors dans le dialogue des cendres
qui laisse sur une voile un télégramme en italique
on bourlingue
et la toile fuligineuse se fend

le vent pousse sur l'immanence des rencontres
fait de la voile un cadre un tableau

on glisse le télégramme dans une bouteille que nous reboirons
un autre soir

jeudi 16 juillet 2009

et à ton retour

et à ton retour
y aura-t'il toujours l'amertume du thé sur tes lèvres
et ce sourire de tous les sourires
y aura-t'il la musique de ces peuples sur ton dos qui est un xylophone
et leur danse sous tous tes pas

Dis-moi

et nous vivrons comme dans une case si tu veux avec comme seule fenêtre
celle de ce lieu que nous superposerons
et nous donnerons à tout un rythme, si lent soit-il
comme là-bas
comme ici

lundi 6 juillet 2009

Les yeux arrondissent quand ils pensent

Sur le mur quelques instants me proposent une cornée
Un faisceau découpe parce que rien n'est plus extérieur que d'abattre les strates
qui s'impriment au creux de nous
Parce que la fenêtre nous fuit dans les ombres qu'elle laisse,
les trois secondes discutent le moment, l'effacent d'autant qu'elles le créent
Plus le temps avance et plus prévoir soustrait à quelques plans vus de face
Plus il diminue les aspérités qui traversent le corps
et le cahutent et le basculent, et le traversent.

( Les cônes au bout du doigt, j'ai ouvert une case où tout s'efface, mais tout se vit)

Aujourd'hui je t'ai vue

Les aiguilles de l'horloge strient la pièce, fractionnent la lumière sur les objets oubliés. Plus tout se numérise, plus le temps s'étend à l'infime, qu'il se divise à l'infini. Aujourd'hui, je t'ai vue la tête striée. Déphasée. Décomposée par des ondes, le visage rayé par les heures. Un peu de poussière sur les meubles n'a rien changé. Aujourd'hui, je t'ai vue la tête striée par toutes les heures qu'on s'envoie, des minutes en parallèle qu'on égare dans les fuseaux distortionnés. Qu'on éparpille au vent des satellites. De ceux qui gravitent en orbite dans le bleu. De ceux qui singent le blues de l'humanité et d'autres encore qui s'accrochent à nos yeux, qui paraphrasent nos mémoires. Qui paralysent nos maxillaires et font glisser notre parole sous les touches, sur des fils, enfin qui nous gardent malgré nous. Les armoires de cuisine sont toujours de mélamine, rien n'a changé, et pourtant aujourd'hui je t'ai vue un peu plus qu'hier et j'y ai pensé tout bas.