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mercredi 7 octobre 2009

La mouvance du défricheur

Longtemps dans la blancheur de l’orge, j’entame le chemin comme un raccord entre chez nous et l’ouvrage. Par ces matins où, au tournant sec de l’autoroute, ma sortie s’oublie dans le vacarme, je quitte la route dispatchée et me perd en saison. Ce sont des arbres enflammés, des champs de labour enfumés, l’analgésie rougeoyante comme une terre à bois au fond de la gorge.

J’ai au creux l’émoi des branches qui dépêchent le vent. Derrière l’érable, les herbes fripées caressent un fleuve, une champlure dans mon verre de pâme. Penché, un chêne de cendres en feuillage qui m’observe, moi et le rang. C’est un regard qui transperce de face en face, comme celui d’un caribou bordant en silence nos achalandages.

Par le milieu d’après-midi, du sumac se creuse un fosset ensoleillé et y plante du bourgogne à en perdre ses mots. Partout, c’est une bûche en torréfaction, la bourre d’un manteau de labeur. Aux montagnes en feutrine, je veux marcher à genoux pour m’effriter lentement, jusqu’à faire entrer le défrichage dans ma dormance boréale.

C’est à l’aliénation de notre terre que je refuse la colère ou l’abattement au mois d’octobre. Je ne connais plus la guerre de notre vouloir-être, je connais plutôt une beauté qui se doit d’être sillonnée. Aucune envie de mouver ailleurs qu’ici.

Circonstances

I

La douce lueur d'une bougie fatiguée
S'éparpille en reflets gris
Sur mon décor pauvre et timide
Elle se repose

Je contemple seul
Des portraits muets
Qui sourient ou pleurent
Selon des circonstances mortes

II

Parfois
On claironne on tambourine
Ma porte close résonne
Aux incitations festives

Je suis traîné au bourdonnement
Cet endroit où j'étouffe d'être
Je ferme les yeux
Par crainte des objets animés

III

On chuchote à l'enterrement
On parle fort à la réception
On assourdit les pas
Pour l'enfant qui dort

J'ai quelques réserves
Mais je préfère les taire



Iciterre, oultreterre

je me fâche de ne pouvoir savoir s'il y a ici lande
je ne sais pas les peuples qui m'habitent
si oultres l'un à l'autre
et qui superposent leur rive

la berge est aussi belle comme cargo
érodée
tant de fois cognée par des coques d'oultremer
par des gens d'iciterre qui l'ont tant de fois sillonnée retournée

berge en mouvance sous le quotidien d'une nation
côte nomade en marche dans son fleuve
es tu une lande ?

les pêcheurs pour qui tu es tant de lignes avancent-ils l'océan dans ta terre
jettent-ils du sel sur tes côtes chaque fois qu'ils y sortent le poisson

les enfants qui jouent sur ton flanc mêlent-ils leurs larmes à ton eau
lorsqu'ils éraflent leur genous un jour de fin de semaine sur tes roches

le rêveur pour qui tu es un hamac fait-il drave de tes arbres en ton berceay
amène t'il à ton limon des bouts d'écorce sienne

et le vieux bonhomme dans son village pleure t'il le marsouin qui remonte
à ta surface pris dans ses piquets
pleure t'il la côte qui est sa terre depuis moult grand temps

iciterre oultreterre
je me fâche de ne pas savoir quel nom de te donner
comment dans ma langue je puis te nommer
je veux savoir quand je te vois si tes côtes sont une lande

l'océan ne commence pas qu'au bout des terres le sais-tu
il commence avec les marées avec le sel qu'on y met

côte d'iciterre

es-tu une lande ?