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mardi 8 juin 2010

Ma génisse

Entourée de sa palissade
Ma génisse gémira toujours.
Ses souffrances sont toutes simples
Dès qu'elle vit, elle souffre
Comme sa cloche tinte dès qu'elle oscille.

J'ai voulu la faire taire
Mais j'ai résolu de la laisser
Je la regarde maintenant souffrir avec fierté, ma génisse
Parce qu'elle ne comprends pas.

Je la regarde, les mains sur les hanches
Vêtu d'une salopette et mâchouillant un brin d'herbe;
Elle me regarde de ses gros yeux humide
Elle est éplorée
-- J'en suis fort satisfait.

dimanche 21 mars 2010

Acte dernier

Hommage à Anne-Marie D'Amours

«Avez-vous médité le langage des flots,
Aux rives du grand fleuve à l'allure si fière?
De cet hymne sans fin, éternelle prière,
Avez-vous bien compris les mystérieux mots?...
[...]» Le langage des flots

Avez-vous vu les étoiles s'emporter
Leurs rages rutilantes et lointaines
Leurs emportements totaux et sans retenue
Leur fureur extravagante et auguste
Au théâtre sacré du ciel nocturne?

Ces scènes stellaires au décor de ténèbres
Sont faites de feu, le ciel s'illumine
Comme le sang fuse et macule la plaine lors d'une grande bataille
Un son grave et pénétrant vient d'en haut
Un gong annonciateur résonne dans les entrailles

Tous frissonnent du même effroi
On est aussi proche qu'on peut l'être
De toute personne présente, qui assiste comme soi
À la débâcle grandiose du firmament
À la révolte irrépressible des astres

vendredi 5 mars 2010

Les habitudes

Des habitudes se rencontrent

Tu sais nous pourrions être grandioses
Avec un chapeau haut-de-forme
Et un bel habit digne
On tromperait tout le monde :
Dans nos mallettes, il y aurait un costume de clown
Et quand on le mettrait
Ils serait toujours dupes
Notre bel habit caché dans nos sacs clownesques
...
Je sais
...
Je ne suis jamais moi
Tu n'es jamais toi
Nous sommes des habitudes qui vaquent
Nous sommes des rivières sans lacs.

dimanche 7 février 2010

Le Banquet

Les visages passent
Chacun déçoit
En rappelant de près de loin
Un autre familier

Un râle se tient debout depuis un moment
Il attend
Il ne tremble pas
Il regarde droit devant

« Je ne veux plus m'interroger »
Détourne-t-on la tête
Humecte-t-on ses lèvres
Les mains dans les cheveux les poches

Faillible chacun d'eux est faillible
C'est ce que vous oubliez parfois
A danser à l'aveuglette
Au grand banquet du monde

jeudi 14 janvier 2010

Chronique

14 Janvier 2010

«L'amour, trésor du patrimoine humain, bijou dont l'inestimable valeur n'est altérée ni par sa profusion chez les uns ni par la popularité de son antagonisme chez les autres...»

Arrêtez, vous allez me faire dégobiller.
L'«amour». Non mais, il y vraiment quelqu'un qui y croit à ce truc? Allez, levez la main, si vous n'avez pas honte.
D'abord, parmi les mains les mains levées, j'estimerai que la moitié du lot (moitié où figurent principalement les protagonistes féminins) prétend adhérer à cette croyance ridicule par intérêt personnel : avantages matrimoniaux, entraves aux bonnes mœurs excusées, mégalomanie, clôture immédiate de discussions indésirables, domination physique, tout le panorama de la perversité égocentrique.
Parmi les autres qui gardent toujours leurs jolies extensions digitales en l'air (ces petites merveilles qui font, elles, bien partie de la richesse patrimoniale des hommes, comme d'ailleurs toutes les prouesses d'évolution qui le constituent), on trouvera une part de naïfs (plutôt masculine), une part de romantiques (sujet traité dans la chronique précédente), des inclassables, des opinions aléatoires, bref des minorités négligeables.

Encore une chose. L'immense méprise, c'est aussi de croire en une sublimation naturelle inhérente à l'humain. Voyez? Le rut animal : répugnant, affreusement dégradant (d'un point de vue citadin, s'entend), prosaïque... Maintenant, l'«amour» entre «homme» et «femme» : élevé, raffiné, estimable ; une exception dans le règne animal, quelle chance! (Et si par hasard la terre serait VRAIMENT au centre de l'univers?)
Je ne me permettrai jamais une telle prétention que de dire «Je t'aime».

jeudi 24 décembre 2009

Chronique

24 décembre 2009

Il fait bon être triste à deux,
Et gai en solitaire...

C'est le contraire.

Habituellement, mais ruminons :
Une peine vraiment partagée, une peine épandue par osmose dans deux corps juxtaposés nonchalamment est des plus délectable pour les individus qu'elle pénètre. Ils doivent bien sûr avoir la sagesse de l'appréhender comme il faut : c'est une nécéssité hygiénique, ou cyclique, ou historique, ou psychanalytique, ou comme on voudra, et il suffit de l'accueillir comme telle en soi. On raillera, avec raison, la prétendue profondeur que la tristesse permettrait d'atteindre, telle une foreuse en spirale portative. C'est un mythe, une absurdité, une rouerie des romantiques, d'ailleurs je brûle à l'instant les oeuvres complètes de Goethe et de Chateaubriand. Et la bible en passant. C'est cela, c'est bien pieux de prospecter le territoire humain avec la sonde charlatanesque du malheur (vous savez, l'espèce de détecteur de trésor qu'on loue sur les plages, la même salade), c'est même un peu chrétien. Voilà bien la raison définitive d'y renoncer.

mercredi 9 décembre 2009

J'insinue

«-Que s'est-il passé
Dis-moi, qu'est-ce qui a eu lieu?
-Dis plutôt, y a-t-il jamais eu quelque évènement que ce soit
A-t-on déjà secoué le destin?»

S'il y a un seul endroit
Où nous puissions nous réunir
Filons-y

S'il y a un seul moment
Où nous soyons suffisamment rapprochés
Pour flairer nos haleines

Crions

Je crie l'orgasme fugace de l'intimité :
Scandale
Le gîte indicible de la sincérité :
Scandale

jeudi 26 novembre 2009

Le volatile

Ai-je vraiment traversé mille lieux
Ai-je vu et revu
De sorte que dès l'aurore, je baille

Mes congénères colorés roucoulent
Et se frottent les ailes
Tandis que je baille

Je baille car la nuit
Je rêve de serpentins fous
Qui commettent les pires méfaits du monde

De migration, on ne parle plus

Alors je m'envole, je parcours les environs
Et je chaparde toutes les billes multicolores
Je m'en fais un trésor

mercredi 7 octobre 2009

Circonstances

I

La douce lueur d'une bougie fatiguée
S'éparpille en reflets gris
Sur mon décor pauvre et timide
Elle se repose

Je contemple seul
Des portraits muets
Qui sourient ou pleurent
Selon des circonstances mortes

II

Parfois
On claironne on tambourine
Ma porte close résonne
Aux incitations festives

Je suis traîné au bourdonnement
Cet endroit où j'étouffe d'être
Je ferme les yeux
Par crainte des objets animés

III

On chuchote à l'enterrement
On parle fort à la réception
On assourdit les pas
Pour l'enfant qui dort

J'ai quelques réserves
Mais je préfère les taire



mercredi 23 septembre 2009

Juste à temps

Ému
J'arrive juste à temps
Et les quelques bricoles que j'ai perdues
Je m'en fiche éperdument
Qu'elle en profite!, cette rue
sur laquelle on échappe distraitement
A tous coups, ces objets menus
Ces trombones, ces tympans.

L'accueil est faible
C'est normal, on ne se soucie point
Que de lui ou elle
Élu de son coeur, élu de ses mains
On se tourne, on toise, et on reprend de plus belle
Moi, je souffle; le calme, enfin
Me permet quelques méditations, et ce modeste hôtel
Sera le palais de cette joie dont j'ai faim.