vendredi 25 décembre 2009
demeure le tremblement que je cherche à bâtir
mais j'écaille désordonné comme la peinture
bleue sur tes doigts de décembre
je subis souvent la secousse sismique
propre à la résistance du corps
quand le poème se fait hésitant
la rencontre avec le dehors troublée
car tu sais les hivers ici parfois chantent faux
et leur son la nuit dernière me hante encore
tendre et dépouillé comme une musique minimaliste
jeudi 24 décembre 2009
Chronique
Il fait bon être triste à deux,
Et gai en solitaire...
C'est le contraire.
Habituellement, mais ruminons :
Une peine vraiment partagée, une peine épandue par osmose dans deux corps juxtaposés nonchalamment est des plus délectable pour les individus qu'elle pénètre. Ils doivent bien sûr avoir la sagesse de l'appréhender comme il faut : c'est une nécéssité hygiénique, ou cyclique, ou historique, ou psychanalytique, ou comme on voudra, et il suffit de l'accueillir comme telle en soi. On raillera, avec raison, la prétendue profondeur que la tristesse permettrait d'atteindre, telle une foreuse en spirale portative. C'est un mythe, une absurdité, une rouerie des romantiques, d'ailleurs je brûle à l'instant les oeuvres complètes de Goethe et de Chateaubriand. Et la bible en passant. C'est cela, c'est bien pieux de prospecter le territoire humain avec la sonde charlatanesque du malheur (vous savez, l'espèce de détecteur de trésor qu'on loue sur les plages, la même salade), c'est même un peu chrétien. Voilà bien la raison définitive d'y renoncer.
jeudi 17 décembre 2009
Tonique
Entre deux gorgées, c’est l’usine des canevas, la poésie placardée très tard dans la durée des ampoules. C’est la lueur de l’usine qui nous attire, nous autres, des marcheurs d’insomnie décalqués par les problèmes de pénombre. Cette usine fluorescente, c’est une île pour les poètes, le phare du paradoxe quand on s’essaye au côté clair-obscur de la toile.
À la pulsation des lampées, on visite une usine de musique battue, des accords de boisson comme les basses fréquences de la quinine. Seulement lorsque bien accoté, lorsque la guitare gronde ses nuits blanches, on s’arrange pour que ça lui fasse mal et qu’elle pleure la partition overdrive. Parce que dans l’usine, la fanfare circule les yeux fermés et le chef d’orchestre, il est absent pour parler.
Et pendant qu’un genévrier pousse dans le minuscule frigidaire, cette usine se réclame de l’agréable distillation des ouvriers.
mercredi 9 décembre 2009
J'insinue
Dis-moi, qu'est-ce qui a eu lieu?
-Dis plutôt, y a-t-il jamais eu quelque évènement que ce soit
A-t-on déjà secoué le destin?»
S'il y a un seul endroit
Où nous puissions nous réunir
Filons-y
S'il y a un seul moment
Où nous soyons suffisamment rapprochés
Pour flairer nos haleines
Crions
Je crie l'orgasme fugace de l'intimité :
Scandale
Le gîte indicible de la sincérité :
Scandale
lundi 7 décembre 2009
Avec un titre à trouver plus tard
(Hier)
«Viens et ne la lâche pas surtout
La ficelle
Je sais
Ça carillonne
C’est drôle»
(Le tableau)
Un flot de ballons
Des enclumes qui traînent par terre
Des bidules de toutes sortes
Des tonnes de cordes
Qui font qu’on tombe et qu’on s’amuse
(Je pensais)
Les amoureux sont des voyageurs nomades
Déplaceurs de solitude qu’ils portent à leur dos
Pour recréer ici et là une alcôve paisible
Leur bagage est sans poids un peu lourd des fois
Leur décor est une remise où tout peut à leur gré s’effriter
(un désert si on veut)
Ils tiennent le temps par une ficelle
Comme un enfant tient son jouet mécanique.
Y arriver.
Je n'en sais rien.»
-Guillevic
les parquets se soulèvent
et la faute s'amenuise
comme si elle avait perdu
soudainement un peu de son charme
(rien de grave)
il y a aussi que malgré tout
je ne sais toujours pas où
la discordance de l'instant nous mènera
sans doute faudra-t-il encore du temps
pour que les chansons s'épuisent
(celles que tu chantes et d'autres que je respire encore
dans la plus pure des transparences)
dimanche 6 décembre 2009
à l'heure grave des constats
(on fait ce qu'on peut)
mais ce matin entre deux respirs
surgit calme et certaine et obscure
la confiance dans les choses qu'il me reste à apprendre
serait-ce que dans l'improbabilité du monde
comme une logique absolue et implacable
une épine se serait enfin glissée
douce et imperceptible comme la froideur du hasard
*
et si aujourd'hui j'ai compris une seule chose
c'est qu'il faut voir la route chaque fois avec un poème dans les yeux
et je n'oublierai plus que les attaches qui me tiennent
à ce moment lucide de la journée où plus rien ne se construit
mais où tout tourne tranquillement sur soi-même
ne sont que les liens qui me rappellent à l'humilité
dans l'arbitraire de toute signification
vendredi 4 décembre 2009
Franches entailles
on recommande d’avancer le ton
dans une voix que je n'ai jamais su
quand déposer correctement
au moment des corps authentiques
se déplacardent en confiance
l’intime des mots nos hivers de vitre
écrasé d'éloquence d’enfoncement
je reviens défenestré de neige première
tes yeux comme des petites mâchoires
rongeant mes gestes d'inapte vérité
***
d’ambiances secouées rauques
je me voudrais meubles éclairés
charpente dans tes séismes
des journées d’angoisse
or me voilà situé de demeure intacte
me berçant dans mon confort spéculaire
dans les craquements de ma sensibilité
mais les tessons qui t’arrêtent le pied
et tes empreintes sur le carrelage sec
désormais m’engagent à l’orgueil du silence